Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 19:16
cours 85

Comment sertir dans le vide ?

 

L'un de mes élèves travaille exclusivement pour les femmes de sa famille et de son entourage. Les demandes se multiplient, et gentiment il les accepte toutes.

 

L'une de ses filles disposait de cinq pierres de couleur ramenées, me semble-t-il, d'un voyage lointain : citrine, aigue marine, agate verte, saphir bleu noir et topaze bleue. Elle a dessiné un projet de pendentif en spécifiant bien qu'elle voulait que les pierres ne soient qu'à moitié serties, pour qu'on ait l'impression qu'elles flottent dans le vide.

 

Quand j'ai vu le dessin, j'ai fait la moue. Dois-je en outre préciser que c'était la première fois que mon élève allait sertir des pierres au marteleur, dans la masse ? Mais avec beaucoup de douceur et de diplomatie, il m'a dit que c'était non négociable  alors je me suis inclinée.

 

La maquette a été faite dans un morceau de cire, et nous avons décidé de creuser de part en part la tige du haut afin d'y faire passer la chaîne.

 

Pour la mise en pierre, j'ai conseillé à mon élève d'enserrer chaque pierre sur les deux tiers de son périmètre pour plus de sécurité. 

 

Quand nous avons récupéré la pièce chez le fondeur, nous sommes passés au serti marteleur. A l'aide de ce petit outil qui s'adapte sur le flexible du moteur, j'ai montré comment doucement repousser le métal autour de la pierre jusqu'à la bloquer.

 

J'ai imposé plusieurs "crash tests" au cours desquels certaines pierres se sont détachées. Mais au final, mon élève a réussi à toutes les sertir correctement et sa fille a porté le pendentif pendant tout l'été sans incident, dans la joie et la bonne humeur. Ce que femme veut...

 

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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 21:19
cours 84

Jeux de volumes et de longueurs

 

Lorsqu'un élève choisit de travailler sur un projet, j'essaie toujours de combiner deux ou trois techniques différentes pour lui montrer la beauté et l'infinie diversité de la bijouterie.

 

Ainsi pour ce pendentif longiligne, nous sommes partis d'un travail sur la cire de bijouterie qui nous a permis d'ébaucher le tube et le cône gravés de motifs géométriques.

 

Quand nous avons récupéré les deux éléments chez le fondeur, j'ai montré à mon élève comment découper des rondelles de différentes tailles dans une plaque d'argent, puis comment les souder pour boucher le tube et le cône.

 

Ensuite, nous avons mis en forme plusieurs demi anneaux à partir de fil d'argent, que nous sommes venus souder à chaque extrémité des deux volumes ainsi obtenus.

 

Tout était dès lors prêt pour le montage final, une succession de queues de cochon permettant d'intercaler deux cubes et trois tubes de cristal de roche. Pour l'élément final, j'ai montré à mon élève comment réaliser un clou d'enfilage à partir d'un petit bout de fil d'argent très fin de 5/10ème d'épaisseur.

 

Pour être franche, nous avons connu quelques galères... Ainsi, mon élève a voulu tellement bien faire qu'elle a fini par complètement rater son premier tube de cire, qu'elle avait trop affiné et qui donc ne supportait plus la gravure. Elle a donc dû le refaire.

 

Pendant la phase de soudure, le cône a tout simplement explosé. J'ai eu la peur de ma vie ! Je suppose que le gaz emprisonné s'est dilaté sous l'action du feu du chalumeau. Fort heureusement, personne n'a été blessé mais on a quand même retrouvé à l'autre bout de l'atelier le cône à moitié défoncé par la violence de l'explosion !

 

Quand on a passé les deux éléments au tonneau à polir, l'une des soudures des demi anneaux a lâché. C'est là qu'on a commencé à ressentir une forte envie de pleurer...

 

J'avoue : lorsque mon élève s'est mise à rater ses queues de cochon, j'ai pris les choses en main ! Au final, je trouve que le résultat est une petite merveille de légèreté et de souplesse, aussi jolie à porter en ras de cou qu'en long sautoir. Ca méritait bien quelques galères !

 

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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 11:41
cours 83

Découpe, repercé, mise en forme et serti clos

 

Dans le cadre de la formation au travail du métal, le B.A. BA enseigné aux élèves consiste à apprendre à découper une plaque de métal, le cas échéant à la repercer, puis à la mettre en forme, à la souder et à la polir.

 

Ces deux bijoux sont la somme de toutes ces techniques, avec en prime un petit exercice de serti clos pour enchâsser les cabochons d'oeil de tigre et d'agate verte.

 

Un long travail de découpe a été nécessaire pour dessiner les boucles d'oreilles et cette grande manchette toutes en courbes et contre courbes. Qui dit découpe dit également limage pour adoucir tous les bords...

 

Par la suite, nous avons mis en forme la manchette sur un grand triboulet en forme d'avant bras, après avoir chauffé le métal pour le rendre plus souple.

 

Ce n'est qu'après que nous avons pu commencer à fabriquer les ceintures nécessaires pour sertir les multiples cabochons, tous de tailles différentes évidemment (sinon, c'est moins drôle !). Bien sûr pour des cabochons ronds, la formule qui sert à calculer le périmètre d'un cercle est bien utile (souvenez-vous, il y est question de rayon et de "pi" 3.14...). Pour des ovales, c'est déjà un peu plus compliqué...

 

Vient ensuite l'art de la soudure, pour fixer les ceintures ainsi que les systèmes de clips à l'arrière des oreilles.

 

Puis on rabat les ceintures autour des pierres à l'aide d'une massette (un petit outil que le bijoutier apprend à façonner lui même à partir d'un manche en bois et d'une tige en acier) et d'un marteleur.

 

Enfin, enfin, le polissage ! Si vous craignez de vous salir, évitez. Les pâtes à polir s'incrustent vite sur vos mains et votre visage (je n'ose imaginer ce qui se loge dans les poumons si on ne porte pas de masque...). Mais certains élèves aiment ça : ils trouvent magique d'arriver petit à petit à faire briller une plaque de métal jusqu'à ce qu'elle devienne lisse comme un miroir. C'est peut-être un peu freudien, tout ça, non ?

 

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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 10:30
hors-serie.jpg

Les Archives Nationales et le salon Hors Série

 

Aujourd'hui il fait un peu frais mais encore très beau. Je vous propose donc d'aller vous balader dans le quartier du Marais, haut lieu des Journées du Patrimoine.

 

Connaissiez-vous déjà les Archives Nationales ? Moi, non. C'est par hasard que je suis passée devant ce magnifique bâtiment orné de banderolles CGT - CFDT contre je ne sais plus quel projet du gouvernement. Le temps d'attente pour visiter cet ancien palais du Prince de Soubise est très raisonnable. 

 

On peut ainsi y découvrir quelques pièces des appartements du Prince et de la Princesse, pur jus XVIIIème siècle : un magnifique salon rond qui faisait partie des appartements de Monsieur, aux sobres boiseries gris vert, ainsi que trois pièces des appartements de sa (très jeune) femme Marie-Sophie, d'un style rococo beaucoup plus "girly". Belles peintures de Boucher et Van Loo en perspective...

 

A la suite de quoi, allez faire un tour à l'Espace des Blancs Manteaux où a lieu le salon Hors Série des Ateliers d'Art de France (entrée libre), qui regroupe 40 créateurs. Coup de coeur pour les bijoux exceptionnels de Criska et d'Aline Kokinopoulos, la première maître dans l'art de la ciselure, la seconde architecte du métal. Mais aussi pour les bijoux pleins de poésie d'une jeune élève de l'AFEDAP, Félicie Colin : son collier "Nos racines" est à pleurer d'émotion. Et enfin une céramiste étonnante, Nathalie Domingo, dont la porcelaine ne ressemble à rien de ce que j'avais connu jusqu'à présent : sa coupe "L'intrus" m'a coupé le souffle. Un bémol : pourquoi autant de bijoutiers et de céramistes (dont certains ne font rien d'unique, excusez moi de le souligner !) et une absence si criante de créateurs de meubles et de luminaires ?

 

Enfin, je ne peux que vous recommander de faire un saut à la galerie d'art Collection où vient de s'ouvrir une exposition de céramistes coréens : épure, réflexion sur la vie et le temps qui passe, sens de la forme et recherche de la perfection... Une très belle leçon pour tous ceux qui aiment les métiers d'art.

 

Archives Nationales

60, rue des Francs Bourgeois

 

Espace des Blancs Manteaux

48, rue Vieille du Temple

 

Galerie Collection

4, rue de Thorigny

 

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Samedi 17 septembre 2011 6 17 /09 /Sep /2011 14:14
mellerio.jpg

Le 9 rue de la Paix vous ouvre ses portes

 

Pour mes premières Journées du Patrimoine (il n'est jamais trop tard pour commencer...), j'ai choisi cette maison ultra confidentielle après avoir malheureusement fait chou blanc avec Boucheron.

 

Je ne regrette pas : j'ai appris plein de choses sur ce joaillier qui communique très peu (jamais de publicité payante !) et qui existe depuis 1613.

 

Arrivée d'Italie grâce à Marie de Médicis (certains Mellerio semblaient être espions en plus de colporteurs de bijoux...), la famille a fait fortune lorsque Marie-Antoinette, puis Joséphine de Beauharnais, leur ont commandé des tombereaux de diamants. Premier joaillier à s'être installé rue de la Paix, au XIXème siècle, Mellerio est sans doute aujourd'hui la seule maison française à être détenue à 100% par la famille fondatrice.

 

Après une présentation historique d'environ 15 minutes, nous pénètrons dans la boutique où nous sommes accueillis par le Directeur Général, Laurent Baty. Nous apprenons ainsi que le joaillier est également orfèvre et horloger. Je suis particulièrement touchée par les explications données sur l'épée d'académicien d'André Frossard, superbe pièce d'orfévrerie qui raconte, à coup d'éléments symboliques, la vie et les choix spirituels de cet écrivain engagé.

 

Mellerio travaille surtout avec une clientèle d'habitués, notamment les grandes familles princières du monde entier. L'intérêt d'acheter chez Mellerio, c'est sans doute le service sur mesure auquel vous aurez le droit. Quel que soit votre budget (à partir de 3500€), leur dessinateur exclusif vous proposera différents croquis réalisés à partir de vos desiderata.

 

Tout est fabriqué en interne (l'atelier regroupant quatre personnes, lapidaire, joailliers, sertisseur) et à la main (Rhino Gold 3D, connais pas et veux pas connaître !).

 

L'impression générale que je retire de cette visite, où l'on m'a laissé le temps de me balader et d'interroger les différentes personnes en charge de la création et du commercial, c'est qu'il s'agit là d'une très belle endormie.

 

Le style Mellerio reste très sage et classique. Du bel art très bien exécuté, mais pas de touche de folie. La direction est aujourd'hui assumée par une représentante de la 15ème génération, Emilie, qui souhaite un peu réveiller la maison en proposant des modèles plus "drôles". C'est ainsi que la collection Monte Rosa sort des sempiternelles cascades de diamants et autres tiares pour faire la part belle aux motifs floraux pleins de souplesses des roses sauvages et des marguerites. Par ailleurs, la maison propose également des "Intemporels" premiers prix dont des annels inspirés du Moyen Age que je trouve plutôt réussis.

 

Néanmoins, je m'interroge. Emilie est mariée à un diplomate et vit à New York. Par ailleurs, la famille compte aujourd'hui environ 80 héritiers. Même s'ils se retrouvent une fois par an dans le petit village italien qui est le berceau historique de la famille, quelle est l'implication réelle de tous ces gens dont seule une frange marginale travaille encore pour la maison ?

 

Propriétaires de l'immeuble du 9 rue de la Paix, de fabuleuses archives de dessins, de leur stock de pierres, combien de temps resteront-ils encore suffisamment unis et solidaires avant de céder au chant des sirènes des grands groupes de luxe, à l'instar de ce qui est en train de se passer entre Hermès et LVMH ? Bien sûr, la société n'est pas cotée mais tout de même...je m'interroge.

 

L'Iris Noir

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